Le mois d’avril montre le bout de son nez avec un soleil plus chaud et une lumière printanière agréable qui caressent nos joues rouges malmenées par l’hiver.
La coulée des érables tire bientôt à sa fin et la sève du bouleau prend le relais juste avant de faire sortir ses bourgeons au sommet de ses branches. Cette eau est similaire à celle de l’érable, mais beaucoup moins sucrée. Nous pouvons la boire pure pour savourer ses bienfaits et il est aussi possible de la faire réduire lentement à la marmite, jusqu’à en tirer un sirop foncé et balsamique, dont je raffole de plus en plus. Il faut autour de 130 litres d’eau pour obtenir un litre de sirop. J’ai la chance de vivre auprès d’une forêt dont les bouleaux me permettent de récolter cette sève avec minutie pour en faire mon propre sirop.
Dans le golfe du Saint-Laurent, le mois d’avril est aussi la saison du crabe des neiges qui fait fureur dans nos poissonneries du Québec. Malheureusement, avec le réchauffement des eaux, l’augmentation des frais gouvernementaux et la diminution des quotas, la pêche de ce crustacé est en déclin. L’augmentation de son prix décourage aussi les acheteurs. Malgré la hausse de l’année dernière, j’ai pu me faire un inventaire raisonnable pour en mettre au menu du printemps. À l’heure où j’écris ces lignes, la saison 2025 s’annonce morose pour les pêcheurs.
Pour mettre en valeur la saveur du crabe, il suffit de le cuire à la vapeur et de le servir nature. Dans ma cuisine laurentienne, j’offre aux papilles gustatives une piste vers l’umami (la cinquième saveur) en incorporant au crabe des neiges des chips de shiitake maison et des flocons de bacon de mer. Puis, je dresse cette chair précieuse entre des blinis à la betterave. Enfin, au moment de servir, je laisse couler un filet de mon fameux sirop de bouleau.




